Le deuxième souffle - ne pas finir en gangster minus

Date 27 octobre 2007

le deuxieme souffleCes temps-ci le soleil n’est pas du genre violent. Mais j’ai quand même décidé de ressortir ma casquette de critique cinéma pour vous parler du polar que je suis allé voir ce soir, “Le deuxième souffle”. Pour ceux qui voudraient juste savoir de quoi il en retourne sans avoir à lire tous les mots qui vont suivre, parce que je suis sympa, je vais vous faire un résumé en deux phrases :

Gu est un gangster du genre “pointure” qui s’évade de prison parce que perpétuité c’est trop long. Il veut quitter la France avec la femme qu’il aime mais avant ca il se sent obligé d’accepter un dernier gros coup qu’on lui propose.

J’ajoute que le rôle de Gu est interprété par Daniel Auteuil et qu’au casting on trouve également Monica Bellucci, Michel Blanc, Eric Cantona, Jacques Dutronc, Gilbert Melki… s’cusez du peu.

Si rien de tout ca ne retient votre attention, vous pouvez retourner à une activité normale, et je vous souhaite une excellente fin de journée. Sinon, continuons.

Parler du film est une tache délicate, on est dans le culte. Je vous affranchis tout de suite, si vous n’en avez pas entendu parler, autant le livre original que la première version du film ont fait du bruit en leurs temps.

A la base il y a donc un roman - que je n’ai pas lu, soyons clairs - écrit en 1958 par José Giovanni. Et le moins qu’on puisse dire en lisant sa fiche, c’est que niveau flicaille et truandage le bonhomme avait de quoi causer. Disons juste, pour faire simple, qu’il a été lui même taulard et qu’il n’est pas passé loin de la guillotine. Et oui, à cette époque quand on ratait son coup on pouvait le perdre. Ecriture, interprétation, réalisation… José Giovanni - de son vrai nom Joseph Damiani - a été très productif dans sa vie et très souvent inspiré par des histoires vraies.

L’histoire a été portée à l’écran une première fois en 1966 par Jean-Pierre Melville - L’Armée des Ombres, Le Cercle Rouge - et le premier rôle était alors tenu pas Lino Ventura. A en croire les critiques, le film était un chef d’oeuvre. Je n’ai pas vu cette version, ou plutôt devrais-je dire, pas encore ;)

Allez, assez fait étalage des choses que je ne savais pas moi même ce matin en me levant… vous pouvez faire les recherches vous même sur le net, y’a pas de raison que j’y arrive et pas vous. Parlons un peu du film.

Comme dans tout polar de gangster qui se respecte, le code de l’honneur est un élément central. Auteuil interprète Gu, qui vient de passer 10 ans en prison quand il s’évade. Et en 10 ans les choses ont bien changé. Flics et voyous “se tapent sur le bide”, se rencardent et se servent les uns des autres pour leurs petites affaires. Pour un vieux de la vieille comme lui, tout ca a des airs de déchéance. De toute façon, en cavale, Gu doit quitter le pays. Seulement voila, partir raide, ca ne laisse pas présager des lendemains qui chantent… alors quand l’occasion se présente d’en être pour 100 millions en or… il est bien difficile de dire non.

On est face à un vrai film de “grands bandits”. Entre Pigalle et Marseille à la fin des années 50. Imperméables et borsalinos, ces messieurs sont tout sauf des rigolos. Ca trafique, ca intimide, ca élimine - plus ou moins proprement, suivant le message à faire passer…

Je ne vais pas raconter toute l’histoire, mais “Le deuxième souffle”, plus qu’un film sur l’or et le plomb, est surtout un film humain. Parmis les thèmes évoqués, le temps qui passe et qui apporte aux êtres son lot de symptomes - la souplesse qui disparait, les mains qui tremblent -, la réputation que l’on cherche à préserver quel qu’en soit le prix, la confiance qui tient à si peu de choses parfois…

Alors que la première version du film était en Noir et Blanc, Alain Corneau, réalisateur de la version 2007, a opté pour des couleurs saturées - tantôt rouge ou vert néon pour les intérieurs, tantôt teinté sépia pour les extérieurs. J’ai personnellement beaucoup aimé l’image, mais il faut reconnaitre qu’il y a un côté artificiel qui peut parfois déranger et détourner l’attention du principal : les acteurs.

Tiens, parlons en des acteurs. Le casting est magnifique, c’est un fait. Il est tout à fait à la hauteur de l’histoire. Et pourtant… il y a bien des moments où ca ne sonne pas juste. Dans un premier temps je n’ai pas vraiment compris pourquoi… pourquoi par exemple Michel Blanc, dans le rôle de flic qui veut refaire tomber Gu joue un jeu qui ne lui ressemble pas tout à fait. J’ai déjà vu Michel Blanc dans un rôle un peu similaire, dans “L’Affaire Dominici” feuilleton télé passé il y a quelques années sur nos petits écrans, et il me semble que le personnage lui collait mieux à la peau. Et à la réflexion - et à la lecture de quelques critiques aussi - le problème semble évident : comment faire une nouvelle version hommage d’un chef d’oeuvre sans être tenté par moment de se calquer sur les modèles. Quand la voie à déjà été ouverte, il est difficile de ne pas la suivre, quitte à ne plus être tout à fait soi même. Enfin, pour approfondir cette réflexion, il faut que je vois la première version, et là je pourrai comparer.

Je ne suis toujours pas convaincu des talents d’acteurs de Canto… qui manque toujours de naturel à mon goût. Je ne dis pas qu’il est mauvais, non. Mais je ne sais pas… son rôle me parrait toujours plus “apprit” qu’ “interprété”.

Quand à Monica Bellucci… arf… Vincent Cassel ne va surement pas aimer ce que je vais dire… mais elle est plutôt pas mal dans le rôle d’ex-prostituée femme de gangster un peu dépassée par les évènements. En toute franchise, je pense que sa plastique joue beaucoup plus que son interprétation.

Mais allez, je chipote… je joue le critique aigri alors que je n’ai aucune légitimité - et une culture cinéphile assez maigre. J’ai passé un très bon moment devant ce film. On appréhende toujours un peu une séance ciné de plus de 2h30, mais franchement, ca ne m’a pas paru long du tout.

Je vous le conseille donc, si vous aimez les gansters et les coups de feu… ca vaut le coup d’oeil.

En lire plus :

AgoraVox - “Le Deuxième Souffle” : Alain Corneau insuffle un nouveau souffle au cinéma policier

NouvelObs - Interview Alain Corneau

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Une réponse à l'article : Le deuxième souffle - ne pas finir en gangster minus

  1. harang said:

    je voudrais trouver le film original avec lino ventura

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