Nous sommes tous remplis de paradoxes. Si si, ne vous mentez pas, je sais que vous aussi. Ya forcément des trucs que vous affirmez ne pas supporter mais qui vous facinent quand même, au fond. Moi j’ai beau mépriser le monde hyper branchouille et encéphaliquement masturbatoire – ouais, les accros de la branlette intellectuelle quoi – de la publicité… j’avais bien trippé il y a quelques années en lisant 99F de Beigbeider. Au fond je pense que ca doit tenir à la dose de cynisme que j’ai aussi en moi.
Enfin toujours est il que je viens de voir le film. Non non non, ce ne sont pas les stickers « 99 F » collés sur les poubelles de la ville qui m’ont conduit dans la salle. Je vous l’ai déjà dit, j’avais bien aimé le bouquin, suivez un peu… sinon je vous préviens je recapuchonne mon clavier et vous aurez pas la fin.
Bon, pour ceux qui ne connaissent vraiment pas du tout l’histoire – c’est comment la vie sans télé ? vous me raconterez ? – je résume : Jean Dujardin incarne Octave le héros partiellement autobiographique de Beigbeider. Octave est un publicitaire, donc il est payé un salaire indécent pour vendre le plus cher possible des trucs plus ou moins utiles à des gens qui n’ont rien demandé. Et en plus il dispose à profusion de drogue et de putes. Et l’histoire tourne autour de ce monde magique où l’on vénère la création… mais où on chie sur les Hommes.
Ceci dit, en premier lieu, avant que le film commence, on les regarde ces fameuses pubs. Et le pire c’est que de retour à la maison ON IRA, sur www.mymms.fr, pour voir comment faut faire pour avoir ses propres M&Ms personnalisés rien qu’à soi que personne il a les même… ben ouais parce que ca a beau être un truc gras et sucré qui nique les dents et qui participe à faire augmenter année après année notre surpoids… des gros bonbons rouges et jaunes qui parlent, c’est sympatique (et non pas Saint Patrick, qui lui est vert).
Non mais attendez ! C’est trop de la boulette quoi ! Votre propre message perso écrit sur des M&Ms de la couleur que vous voulez et livrés chez vous ! Je vous explique… Imaginez, vous êtes parent – si vous êtes vraiment parent, ben contentez vous de regarder derrière vous, ya un petit truc bouclé de 80 cm qui est en train d’écrire au rouge à lèvre waterproof sur la tapisserie du salon – et vous avez un anniversaire à organiser. Qu’est ce que vous pouvez donc bien faire alors ? Hein ? Hein ? Et bien vous allez sur maïnémènèms point fr, vous commandez vos némènèms perso avec un message marrant, qui fait rigoler les petits monstres… et là VOUS participez à augmenter dans leur petit cerveau – plein de place disponible – le capital sympathie némènèms ! Elle est pas belle la vie… de créatif ?
Bref, je m’égare, je déraille, alors je vais reprendre le train de mon billet.
99 Francs est un film de Jan Kounen. C’est le type qui avait fait Blueberry, un habitué des adaptations. Enfin je dis ca moi… c’est juste pour me la jouer critique pro hein… en vérité à part ces deux films là et Doberman je connais pas l’oeuvre de ce type. Si ca se trouve des adaptations il en a pas fait d’autres… et puis de toute façon on s’en tape.
En tout cas dès le tout début du film on reconnait le style : Jan – ouais je me permet de l’appeller Jan, il viendra jamais ici s’en plaindre – aime les effets spéciaux. Le morphing, les images psychédéliques, les arrets sur images et autres dérivés du célèbre « bullet time« … le film n’en manque pas. Ceux d’entre vous qui ont vu Blueberry doivent avoir une très bonne idée de ce dont je parle ;)
Allez, j’ai pas tellement envie qu’on me chambre, alors je vais arréter de tourner autour du pot.
J’ai trouvé ce film bien fun. C’est super rythmé. Graphiquement réussi. Les dialogues sont percutants – bon ca je m’en doutais vu qu’ils sont tirés du livre – et les acteurs ont de bonnes bouilles. Mais que l’on soit bien d’accord sur une chose : ce N’EST PAS un film qui dénonce. C’est bien trop caricatural et graphique pour être sérieux. Alors bien sur, on voit bien quelques images – déjà vues, vues et revues, du reste – des chaines d’abattage de bovins, des poulets élevés en batterie, des africains qui ont faim… et le film termine sur la petite note disant que 10% du budget pub mondial suffirait à réduire de moitié la faim dans le monde… mais pour moi les choses s’arrètent là.
Je veux dire… rien de nouveau sous le soleil. Qui ne sait pas encore que la publicité nous manipule ? Que de la frustration nait l’envie ? Qu’on vend mieux en montrant une blonde pulpeuse en maillot de bain que Robert le routier – qui pourtant est vachement sympa…
Pas de leçon de chose universelle. Mais une histoire singulière qui tient la route. Enfin… sous réserve d’être ouvert aux délires de créatifs cocaïnomanes. A de nombreux moments le film part en « trip », vision interne du monde, décollage hors réalité… J’avais trouvé Blueberry trop barré. J’ai bien accroché 99 francs. Les effets sont à mon goût bien adaptés au contexte.
Non, nous ne sommes pas là dans la catégorie anti-capitalisme et décroissance. Non le monde de la publicité n’a pas à trembler. Avec 99 francs, on est simplement face à un film qui fait sourire, un sourire un peu complice, un sourire un peu géné parce qu’au fond on sait bien que tous ces cons à qui on vend tout et n’importe quoi…
… c’est nous.



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